Méfie-toi des ides de Mars !

(Surtout si tu t'appelles Donald ou Vladimir)

Mesdames, Messieurs, Mes camarades entre les deux, le mois le plus naze de l’année vient tout juste de se finir ! Place donc au début des allergies printanières et à ma grande histoire d’amour avec le zirtec…

Les nouvelles du front :

Sans plus attendre, débutons la phase « News » de cette newsletter (vous pouvez toujours la lire avec la voix de Gilles Bouleau si vous voulez) :

  • Je retravaille Le cloître des vanités — le roman que j’ai préféré écrire, comme vous le savez peut-être — pour le rendre encore plus crédible historiquement en vue d’une réédition ! Et comme vous vous l’imaginez sans doute, parcourir des pavés sur la vie occitane au treizième siècle, ça m’éclate ! J’ai l’impression d’être de retour en cours d’anthropologie historique (une matière qu’elle est incroyable). J’ai vraiment hâte de pouvoir retrouver un éditeur à ce texte que je chéris par dessus tous les autres (même si j’aime tous mes enfants !)

Un ange aux ailes noires pleure du sang et sourit avec ruse

Illustration (par votre humble servante) pour Le cloître des vanités

  • Mais il n’y a malheureusement pas que de bonnes nouvelles au royaume des cathédrales. L’éditeur pour lequel j’ai écrit Les sarments d’émeraude a fermé ses portes, me laissant mon manuscrit plutôt de… niche sur les bras. L’occasion pour moi de le faire bêta-lire, d’abord par mon compagnon qui s’y connaît assez bien en eurospy, et puis pourquoi pas par l’un d’entre vous si je me décide à faire un échange de bêta-lecture sur ce texte-là ! En tout cas, je choisis de garder espoir. Si l’ambiance des Sarments d’émeraude est assez space, elle fait aussi la force du roman, et puis j’ai envie de rajouter un peu de pulp dans les rayonnages des librairies. Un petit extrait, pour vous remettre l’ambiance en tête ?

“Un horrible sifflement extirpa Ethete hors de son état de choc. Ses bras nus et de nouveau parcourus de plaies sanguinolentes l’aidaient à se rehausser malgré elle, sans qu’elle le leur ait commandé. Quelques mètres devant elle, Berkeley se relevait dans un même nuage de sidération.

— Qu’est-ce que ? Pourquoi ?

Motivée par un chœur agonisant, constitué des enfants et des vieillards rassemblés loin derrière eux, Ethete se força à retrouver sa station debout puis à se maintenir contre la paroi minérale - qui semblait brûlante - pour rejoindre son compagnon d’infortune. Ce n’est qu’en constatant qu’il avait allumé sa lampe torche qu’elle réalisa l’intensité des ténèbres qui recouvraient à présent le tunnel. L'onduleur proche du prochain sas avait dû être touché par… Par quoi d’ailleurs ? Il s’agissait seulement de débloquer l’éboulis. Un bout de roche qui était venu griffer une bonne partie de son cuir chevelu lui retomba dans la main gauche, aussi chaud et sanguinolent que le reste de son corps épuisé. Elle l’observa un instant puis laissa ses doigts se desserrer. Berkeley venait à peine de retrouver son équilibre et cheminait difficilement vers elle.

— Andrew… que… comment ?

— L’explosion… était bien… contrôlée, résuma-t-il par bouts de phrases saccadés, mais le séisme… avait dû libérer une… une poche de gaz…

— Et en faisant exploser l’obstacle, nous y avons mis le feu ! Quelle horreur !”

Les sarments d’émeraude (ou Michel Drux contre le capitalisme) - Chapitre 13 : Adieu au canari
  • Pour en rester au sujet des soumissions, je continue de proposer Grâce-des-Paons à quelques éditeurs jeunesse, même si j’en suis encore à ce que je considère comme ma première vague d’envois. C’est un roman dont je cause assez peu, mais qui contient la plupart des thèmes qui me tiennent à cœur, seulement, j’ai essayé de les traiter de manière un peu plus… légère ? Voici un petit résumé, pour vous remettre dans le bain :

Élégante fauconne mêlée de pèlerin et de gerfaut, fierté d’un élevage andalou mourant sur la fin du dix-neuvième siècle, Grâce des Paons voyage à travers l’Europe et la France aux côtés de son jeune et excentrique maître, Don César de Monterojo.

Malheureusement, le jour où elle est dérobée à César par le marquis de Rignac, un aristocrate cruel et ambitieux, Grâce perd le peu d’indépendance qu’elle connaissait jusque-là.

L’appel de la nature sera toujours plus fort que la petitesse des hommes. Et, avec l’aide d’un corbeau pas comme les autres, Grâce se fait la promesse de bientôt échapper à son geôlier… pour retrouver la liberté sacrée des Pyrénées. Cependant, ce rêve ne compte pas sur l’orgueil meurtrier du marquis ni sur le sous-fifre aux talents occultes qui le suit comme son ombre.

La traque est lancée.

  • Le planning de mes salons est tombé (sur Instagram) ! Et le premier de la liste est le salon Ready, set, romance ! à Villejuif. Rendez-vous ces 8 et 9 mars pour les camarades parisiens ! Je vous attends au tournant.

Maintenant que vous connaissez mes aventures littéraires, parlons de culture (parce que la culture, c’est super bien) et de mes découvertes/recommandations du mois :

Recommandations culturelles :

Cinéma :

  • Birgiit Haas doit mourir, Laurent Heynemann, France, 1981 : Un film d’espionnage crépusculaire et romantique, qui nous fait suivre Phillipe Noiret en chef d’agence secrète désespéré par l’inhumanité de son métier et Jean Rochefort en minable paumé que l’amour d’une militante allemande va transformer en rebelle (tranquille, le rebelle, hein, c’est Jean Rochefort, c’est pas Schwarzy). À voir pour l’ambiance.

  • Noroi : The curse, Koji Shiraishi, Japon, 2005 : J’irais pas jusqu’à dire que j’ai adoré ce film, tout simplement parce qu’il m’a filé une sacrée nuit blanche et qu’ordinairement, il n’y a que moi qui puisse me bousiller le sommeil, mais c’est un excellent found footage d’horreur et je trouve ça cool de voir le trope de la possession dans la religion shinto pour changer. À ne pas regarder si on aime les toutous, les enfants ou passer une bonne nuit.

  • Torpilles sous l’Atlantique, Dick Powell, USA, 1957 : C’est un film de sous-marin pendant la seconde guerre mondiale. Je n’ai rien à rajouter. Les films de sous-marin, c’est toujours super bien. (Sauf quand ça l’est pas, mais là c’était super bien). Un joli petit message antiguerre et Curt Jurgens en sueur (qui précise bien qu’il n’est pas nazi au début du film, du coup j’avais le droit d’admirer la marchandise en tout bien tout honneur). Comme souvent, on peut remercier arte pour la découverte.

  • We're all going to the world's fair, Jane Schoenbrun, USA, 2021 : J’avais déjà adoré I saw the tv glow, alors forcément j’étais le public de celui-ci (et j’espère que vous le serez aussi). Un film qui prouve que même sans financement chez A24, si l’idée est efficace et l’atmosphère prenante, c’est pas si dur de faire un bon métrage. Celui-ci parle d’une légende urbaine diffusée par internet à l’époque des creepypastas, qui est bien entendu accompagnée de son challenge idiot. Et Jane Schoenbrun comprend et retranscrit mieux que personne la sensation d’être un ado dépressif (et queer) face au web, qui veut à tout prix ressentir quelque chose…

Livres :

  • À tes côtés, Elise Delaunay, JS éditions, 2025 : Une charmante romance lesbienne sur fond de seconde guerre mondiale, de services secrets britanniques et de lutte des classes. Ça passe tout seul, comme un bon chocolat chaud !

  • La tente rouge, Anita Diamant, Picador, 1997 : Je voulais lire ce roman depuis quelques années — ayant étudié le phénomène des tentes rouges déclenché par son succès quand j’étais à la fac — et je dois admettre que je n’ai pas été déçue, mais attention ! Je reproche un peu au féminisme d’Anita Diamant de n’être visible qu’à travers le prisme de la maternité, ce qui essentialise quand même sacrément ce qui constitue ou non une femme. Mais je ne pense pas que l’histoire ait été écrite avec de mauvaises intentions, et c’est le principal. Le style est très beau et l’atmosphère très prégnante.

  • Malheureusement, je n’ai pas énormément lu de fiction ce mois-ci (il faut dire qu’il est plus court que les autres) et je ne peux donc pas vous recommander trop de titres, mais je rappelle, si besoin est, que l’ami Malone Silence va bientôt repartir en campagne ulule (en avril, plus exactement). Si j’étais vous, j’irais checker ça au plus vite !

Musique/Podcast/Radio :

  • Hair, Hair, USA, 1967 : Je suis retombée dans Hair, dernièrement, et cette chanson-là est la pépite cachée du musical pour moi (oui oui, même devant Let the sunshine in). Parce qu’il n’y a pas à dire, c’est quand même une super chanson sur les cheveux. Et moi, j’aime pas des masses les coiffeurs, donc je comprends le sentiment.

  • Overcome, Skott, Suède, 2022 : Une chanson toute douce, pour les moments où ça ne va pas très fort (et en ce moment, ça ne va clairement pas toujours très fort, vue l’atmosphère politique de notre cher monde) et également pour les moments où ça va fort, mais où on veut avoir l’air super dramatique en se promenant.

  • Rondeau, Abdelazer, Purcell, Angleterre, 1676 : Vous connaissez Purcell ? Parce que c’est super bien, Purcell. Si vous écrivez des scènes tragiques ou remplies de morgue (pas dans le sens de l’endroit où on met les gens morts, quoique ça fonctionne aussi), ou bien si vous avez envie de vous retrouver dans un couloir ombragé rempli de sculptures baroques et de trahisons murmurées derrière des éventails, c’est un must.

  • Si vous cherchez une émission plus politique, j’aide toujours à animer « Prière de l’ouvrir ». Et c’est toujours une émission mensuelle, diffusée sur Radio Campus Angers (et disponible en podcast/replay après chaque direct) les derniers mardis de chaque mois, qui traite de militantisme catholique et de lutte contre l’extrême droite.

Conclusion :

Je n’ai pas de gros cadeau ce mois-ci, mais je peux vous laisser sur ces superbes photos de Félicie, ma vieille chatte, juste après avoir été surprise en flagrant délit de vol de soupe et de Berthier, mon chat plus jeune (et indubitablement plus bête), qui venait alors d'oblitérer un magnifique cendrier de collection. Son manque total de regrets devrait vous inspirer toute l’audace nécessaire pour survivre au mois de mars.

Chat noir et blanc au regard rempli de ruse et aux moustaches remplies de soupe

Créature maléfique numéro 1

Chat tigré fier de son forfait et assis sur une table basse

Créature maléfique numéro 2

J’en profite pour souhaiter un bon ramadan à nos frères et sœurs musulmans et un bon carême à moi-même (et aux autres chrétiens qui le pratiquent, bien entendu). Ça ne pourra pas me faire de mal de baisser un peu ma consommation de viande !

On se retrouve le mois prochain !

Manon Segur